Lettre ouverte d’un simple citoyen…

Lettre ouverte d’un simple citoyen…

par François Villard

Monsieur le Chef de l’Armée,

Lors d’une récente rencontre avec les représentants des sociétés patriotiques et militaires le chef de l’armée, vous vous êtes d’abord exprimé dans un long monologue pour retracer, en quelque sorte, les conditions stratégiques du moment. Vous vous êtes montré fort satisfait des formes récemment réformées de l’armée. En effet, la réintroduction de la mobilisation que vous venez de réaliser en pratique avec le bataillon hôpital 2 s’est déroulée correctement à ce qu’en dit la presse. Vous avez aussi évoqué la formation des cadres, redevenue meilleure et complète après la réforme d’armée 21, ce qui était à souhaiter tant l’utilisation d’un règlement (le FUM, 70.006dfi) destiné à instruire des chefs sans pratique, était une ineptie.
Vous avez aussi parlé du terrain suisse en le qualifiant d’impropre au déploiement d’une formation de char : il est trop bâti aujourd’hui. J’ai cru comprendre entre les lignes que le char est une arme du passé comme le considérait déjà l’un de vos prédécesseur, aviateur il est vrai et bien ignorant du combat terrestre. Vous admettez la suppression des moyens lourds de défense, en fait vous continuez à « squellettiser » une armée qui est déjà réduite à portion congrue.
Sur le champ, je me suis insurgé sur une pareille considération !
Ignorez-vous ce qui se passe aujourd’hui sur les champs de la guerre du Donbass, de la bataille de Debaltseve (en Ukraine)? Ignorez-vous les récents combats dans le quartiers de Damas de Qabun et Jobar pour ne citer que quelques exemples. Saviez-vous que les canons des chars T-72, par exemple, sont seuls capables, en combat urbain, de percer les murs derrière lesquels peuvent s’abriter des insurgés ou l’adversaire (pour utiliser la terminologie actuelle à la place du terme « ennemi »). D’ailleurs, c’était mentionné dans le document sur le « Futur de l’artillerie » 11.3752 (page 10): seuls les chars à chenille peuvent pivoter sur place (dans les rues des villes), franchir des décombres. A propos d’artillerie, il est vrai que, là aussi, adieu la puissance de feu : maintenant, pour défendre la Suisse, on va y mettre 32 mortiers de 12 cm sur roues. Sommes-nous sérieux ?
Finalement, Monsieur le Chef de l’Armée, êtes-vous comme le général Gamelin de 1940 ? Ce chef de l’armée française qui considérait, tout comme vous maintenant avec le territoire suisse, que les Ardennes n’étaient pas un terrain pour les chars ?

Je regrette très honnêtement, Monsieur le Commandant de Corps, de vous paraître l’empêcheur de tourner en rond ou outrecuidant. Voyez-vous l’évolution de notre armée depuis les années 2000 me laisse penser que, comme avec l’affaire des masques manquants pour nous protéger du virus, l’évidence voudra que nous n’aurons plus la capacité de protéger notre population. Protéger la population dans un scénario de guerre bien entendu, même si elle reste la menace est hybride. Votre proximité avec le pouvoir politique vous empêche de voir loin ? Pourquoi n’utilisez-vous pas votre expérience militaire et celle de votre Etat-Major pour dire, expliquer, démontrer à ces politiciens ce qui ne pourra plus être fait pour assurer la sécurité de notre population? Peut être pourrez-vous démontrer que le feu, le mouvement, l’incertitude, le choc, la masse restent les fondamentaux d’une défense. Vous pourriez vous référer de quelques solides penseurs militaires suisses pour le vérifier.
Nous allons affronter des temps difficiles et périlleux et quand on fait l’inventaire de nos moyens de défense force est de constater que, tout comme à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, nous risquons de ne pas avoir grand chose pour protéger la population.

Je suis conscient de votre grande responsabilité, de votre emploi du temps chargé et des contraintes quotidiennes que tout chef se doit d’assumer. Veuillez ne pas prendre mon mot comme une vilaine polémique. Non, l’affaire est trop grave pour que ceci se traite sous la jambe. Ayez le courage d’expliquer ce qui précède à votre « ministre de tutelle », cela fera peut être avancer les choses et surtout vous ne pourrez pas être accusé de ne pas avoir dit, tout comme les actuels responsables du service sanitaire au sujet des masques contre le coronavirus : « on avait rien prévu ».

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Chef de l’Armée mes cordiales salutations.

François Villard